Le livre de la mer

« Le livre de la mer ou l’art de pêcher un requin géant à bord d’un canot pneumatique sur une vaste mer au fil de quatre saisons » de Morten A.Stroksnes qui vient de paraitre aux éditions Gallimard, est une merveilleuse plongée dans le grand bleu. Un grand merci à Alain Gnaedig pour sa traduction en français.

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D’emblée, nous sommes propulsés le long de la côte norvègienne entre Bodo et l’archipel dentelé des Lofoten, là où Edgar A. Poe a situé le fameux Maelström. Ce livre est un coup de coeur car il me fait appareiller de nouveau à bord de l’Hurtigruten ( l’Express-côtier) que j’ai à de nombreuses reprises emprunté, micro en main, bien sûr.

« Le livre de la mer »  est un récit bien documenté sur la vie de la Terre, mais aussi et  surtout sur la faune et la flore maritime. L’auteur, qui ne manque pas d’humour, nous entraine dans un grand voyage au plus profond des abysses où l’on va croiser une multitude d’espèces à commencer par les harengs de Knut Hansum, le camalar géant de Jules Verne,  Moby Dick le cachalot de Melville et le requin du Groenland dont on apprend qu’il peut vivre plus de 500 ans et pourrait donc être né au temps de Martin Luther !

Mal de mer ou pas, on croise le bateau ivre de Rimbaud, on remonte les fjords, on observe les aurores boréales, on touche le cercle polaire arctique et on apprend pourquoi la mer est bleue. Les pages consacrées à la pêche à la baleine ( je ne veux pas y aller comme le dit Prévert ! ) sont passionnantes et rappellent que si la chasse commerciale à la baleine a été interdite en 1986, le Japon, l’Islande  et la Norvège refusent de mettre fin à cette activité. La Norvège chasse en effet une proportion croissante de femelles reproductrices, ce qui pourrait mettre en péril la survie à long terme des baleines de Minke dans l’Atlantique Nord.

On referme ce livre en se disant que de grandes découvertes nous attendent au fond  des océans et qu’il serait plus que temps d’arrêter de les considérer comme une vaste poubelle !

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Du côté de la vie, toujours !

La pièce de théâtre  » Du côté de la vie », écrite par Pascal Lainé ( prix Goncourt 1974 pour La Dentellière ) et interprétée par Philippe Goudard,  est un vrai bijou d’humanité et de sensibilité où l’on oscille entre rires et larmes. A travers ce spectacle puissamment vivant , Philippe Goudard raconte le jeune médecin de campagne et urgentiste qu’il fut avant de choisir le métier de circassien. Est également convoqué Mikhaïl Boulgakov à travers des citations de « Récits d’un jeune médecin ». La résonance entre ces deux expériences qui se déroulent à un siècle d’intervalle est étonnante et le talent de Philippe Goudard tient à la justesse de ton qui puise son authenticité dans son expérience vécue et son admiration pour l’ auteur ukrainien. Il va le découvrir dans ses années de formation et se promet de l’adapter un jour.

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Alors sur la minuscule scène ( mais néanmoins très chaleureuse ) du Vestibule café, notre personnage jongle avec le Vidal, danse sur de la musique yiddish, raconte, nous emporte, se confie. Dans ce récit de vie à caractère autobiographique, on oscille entre légèreté et gravité, et comme sous un chapiteau de cirque, on tremble pour l’acrobate, on vibre avec lui, et, s’il tombe, on se relève. On explore aussi grâce à ce clown professionnel une autre facette du rire, celui qui se situe du côté de la mort.

 » Quand on entend ricaner la mort dans la poitrine d’un de vos semblables, vous avez peur »

« C’est de ce que l’on ne peut pas faire, que l’on se sent le plus responsable »

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Philippe Goudard nous interpelle profondément, nous émeut et nous prend à témoin. Et on réalise que pour cet homme la meilleure façon de tenir à distance et de faire reculer la mort, est de monter sur scène et de jouer tant que possible avec tous les sentiments de la vie, de passer tantôt du clown blanc tantôt à l’Auguste ! Il en faut du courage pour tenir bon face à la mort inconsolable d’un enfant et se situer toujours du côté de la vie…

Comme Philippe Goudard nous le dit, « on ne signe pas de traité avec cet ennemi-là » alors « Il faut travailler travailler, étudier, étudier humblement » .

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« Du côté de la vie » une pièce de théâtre à voir et à écouter, comme une grande leçon de vie : Chapeau bas Monsieur Goudard !

Prochaines représenations : 

Ce mercredi 22 février 2017 à 19H30 au Vestibule café ( café culturel ) , deux pas de Bastille

Lundi 6  mars à 20h30 7 Cité Véron à côté du Moulin Rouge.

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Puis dans le off du Festival  d’Avignon

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Histoire du lion Personne

Si dans l’Odyssée Ulysse se cache derrière Personne et rend aveugle le Cyclope, on peut se demander qui se trouve dernière le personnage du lion Personne dépeint par Stéphane Audeguy, dans son dernier roman paru en août dernier, au Seuil dans la collection Fiction & Cie. L’auteur campe son récit à la charnière entre le siècle des Lumières et la Révolution française, sondant les heures sombres de notre Histoire où règne encore les grandes Compagnies coloniales et plane «  l’odeur atroce de l’esclavage ».
Alors avec le jeune Yacine, on traverse l’Afrique où des «  hommes meurent comme des chiens » et où « la peur pousse la masse des hommes vers la religion ».

 

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On pense que les choses n’ont pas beaucoup changé et on respire le parfums de la savane après les grandes pluies, on croise des girafes tachetées et des éléphants à l’appétit colossal. On se roule dans les herbes sèches et on se réveille sous un arbre à saucisses ! Là, on rencontre un lionceau, gros comme une boule de poils et on poursuit toujours avec Yacine vers la liberté et jusqu’à l’endroit de sa seconde naissance : la cité cosmopolite de Saint-Louis du Sénégal.

Ce récit d’une écriture classique et d’un style limpide, est clairement inspiré par la mythologie grecque et bientôt, Personne  se trouve un nouvel ami : le petit chien Hercule. Alors, on pense un temps à Candide de Voltaire, mais on se rend bien vite compte que Stéphane Audeguy est beaucoup moins optimiste que Voltaire. Il serait même un brin fataliste… ! « Si les lions parlaient, nous ne pourrions les comprendre. Ou du moins pas davantage que nous ne comprenons les hommes. »
Personne est donc un lion un tantinet bobo qui dort au chaud sur des tapis persans et mange son comptant de viande grasse. Autant dire qu’il a tout perdu de son instinct de survie. L’auteur ne nous dit pas si cet animal, qui dans notre esprit de lecteur, reste le Roi des animaux, a perdu de sa liberté aux contacts des humains  car qu’est-ce un animal sauvage domestiqué ? N’est-ce pas là aussi pour ce dernier qui vit loin des lois de sa propre jungle, une forme d’asservissement ?

Nous sommes donc en pleine période de la Terreur avec son lot d’exécutions et des têtes qui roulent.  Que va-t-il advenir de nos personnages qui bientôt traversent l’Atlantique pour arriver en Europe et à la ménagerie du jardin de Versailles ? On tremble pour Personne en se disant que sa belle crinière princière ne pourra que déplaire au tribunal autoritaire de l’époque. Sous la plume de l’auteur, nos animaux sont si humanisés que l’on irait jusqu’à sonder leurs opinions politiques ! Mais attention, pendant cette période même des Républicains comme Camille Desmoulins y ont également laissé leur tête ! Enfin, le récit s’achève «  alors que Bonaparte, avait changé de nom comme seul un démon sait le faire. Il s’appelait désormais Napoléon et avait rétabli l’esclavage, qu’on n’avait d’ailleurs pas cessé de pratiquer. »

Sale temps pour les lions !

Ps / Sauf pour les Indomptables du Cameroun !

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Emmanuelle Riva, infiniment

1987 : je vois pour la première fois, au ciné-club du lycée à Rennes   » Hiroshima, mon amour  » d’Alain Resnais. Grande claque !

2007 : Découverte de Nevers et reportages au Japon

2014 : émouvant et très grand moment de voir et d’écouter  Emmanuelle Riva,  au théâtre de l’Atelier dans « Savannah Bay  » de Marguerite Duras.

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A vous Emmanuelle Riva, merci infiniment.

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Archiscopie aime Monsieur Corbu !

Je suis archi-ravie que mon petit dernier  » Qui a vu Monsieur Corbu ? «  qui vient de paraître aux éditions Bernard Chauveau soit mentionné parmi les recommandations bibliographiques du numéro de janvier d’Archiscopie, trimestriel de la Cité de l’Architecture !

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 » Qui a vu Monsieur Corbu ?  »  est un voyage graphique et ludique pour petits et grands que je viendrai prochainement présenter et dédicacer à la Maison Radieuse de Rezé ! Affaire à suivre pour les amateurs de couleurs et de poésie ! A bientôt !

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Kanagawa, Riff Reb’s

Alors qu’Armel Le Cléac’h vient de boucler son tour du monde à la voile, j’avais envie de vous parler de quelqu’un qui a toute ma sympathie et qui connait bien aussi la mer dans ses mouvements et ses humeurs. Il s’agit de Riff Reb’s qui a remporté de prix de BD en 2013 pour son album  » Le loup des mers » paru chez Noctambule qui est l’adaptation du roman éponyme de 1904 de Jack London.

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Riff Reb’s est un dessinateur et scénariste de BD hyper talentueux qui surfe sur la page comme un marin sur la vague ! Il suffit de découvrir son dernier ouvrage Marines paru chez Noctambule pour le comprendre. On voit dans ses planches en noir et blanc, pleine page, et en particulier dans ses ciels dramatiques une filiation avec William Turner  » le peintre de la lumière », Marin-Marie ou Gustave Doré pour le jeu entre ombre et lumière.
Et puis, bien sûr, pour le mouvement de la mer et de la vague, on pense à Hokusai, le père du manga, lui qui a tant marqué les artistes inspirés par la mer. Je songe également à Claude Debussy qui souhaita avoir en couverture de sa partition la grande Kanagawa, c’est à dire à la grande vague d’Hokusai.

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En découvrant les Marines de Riff Reb’s, plus que jamais on sent la mer déchainée, on la  vit, on la respire, bord sur bord on roule sur le dos de l’océan et on se conforte dans l’idée que la mer, et donc les Marines sont soeurs de la poésie et de la musique !

On referme ce coffret Artbook lavé d’embruns et revigoré d’un grand souffle !

Bravo à Riff Reb’s pour qui « dessiner, c’est dire ».

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A Noter : que vous pourrez découvrir le travail de Riff Reb’s lors trois expositions qui se tiennent en 2017 : bientôt au musée portuaire de Dunkerque, en avril à Hautvillers  où Riff Reb’s  est l’invité d’honneur ainsi qu’en novembre à Clairac !

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Almanach des réfractaires !

Il y a des jours, comme aujourd’hui, où le premier coup de vent  à la pointe de Pern me ferait consulter de nouveau l‘Almanach du marin breton celui offert par Thierry mon ami gardien de phare l’année dernière sur Ouessant.

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Et puis il y a d’autres jours où j’ouvrirais bien l’Almanach des réfractaires paru aux éditions finitude et conçu par Evelyne Pieiller. Cette dame tend la perche aux lecteurs qui refusent de se hâter ! C’est-à-dire à ceux qui seraient plus adeptes des départementales que des autoroutes.

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En tous les cas, ce livre que l’on peut lire tout au long de l’année, jour de pluie ou non , est un régal d’érudition, d’humour et de poésie. Bravo ! Si vous connaissez cette dame, dites-lui que j’adore !

 » Les écouteurs de radio sont familiers de l’échelle de Beaufort. Elle est le refrain de la météo marine et suscite un ennui berceur mais définitif. Pourtant, dans le détail de l’échelle, il y a  de claires visions.  Le 1er degré désigne une mer sans écume, mais marquée de lignes légères en écailles de poissons ( … ) Au 10ème, la mer est blanche. Quand la mer est blanche, seulement blanche, c’est la tempête. »

En effet, c’est ce qui se prépare ce soir sur la pointe Bretonne. Sortez vos bonnets !

 

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