Dans les eaux profondes

En lisant “Dans les eaux profondes” le récit d’Akira Mizubayashi, publié chez Arléa, on apprend qu’au Japon, il n’y a pas encore si longtemps, on prenait un bain, comme on allait au café. Car, si le bain est associé aux yeux d’un occidental à l’idée de propreté, il est au Japon un savoir-vivre raffiné, poétique, qui rend possible la discussion et la rencontre avec l’autre.
Ce livre n’est pas sans rappeler « Éloge de l’ombre » de Junichiro Tanizaki où, dans un jeu d’ombre et de lumière, on sonde l’âme nippone. Cette fois-ci, on pénètre dans l’eau : celle des bains publics ( sentô ), thermaux ( onsen ) ou encore familiaux, pris dans une baignoire en bois de cèdre : tout un rituel !

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Akira Mizubayashi nous entraine tout d’abord dans l’eau comme dans ses souvenirs personnels et intimes : le premier bain qu’il donne à sa fille, celui avec sa femme ou encore l’ultime bain pris avec son père. Le cinéma d’Ozu est convoqué. Hitchcock également où nous avons tous en mémoire la fameuse scène de la salle de bain dans Psychose !

Puis, Akira Mizubayashi nous dit que la pratique du bain change en même temps que la société  japonaise : les bains publics disparaissant au profit de « la douche rapide à l’européenne ». « Qu’aurions-nous pu avoir, pourtant, à partir de l’expérience collective du partage des eaux chaudes ? » se questionne l’auteur qui en vient au véritable sujet de son essai. Le bain aurait pu être le cadre structurant d’une expérience où se serait développé un collectif, au sens de « contrat social » qui fonde nos démocraties. L’auteur partage ici une réflexion passionnante et sans détour sur le Japon contemporain «  sans vraie opinion publique ni égalitarisme. Il n’y a jamais eu non plus de société à proprement parler ».  L’auteur nous parle donc de l’absence de culture démocratique dans la société nippone, en comparaison avec les Français, attachés à leur grand bain démocratique.

Les dernières pages sont peut-être les plus émouvantes, celles que l’on attendait car elles touchent à la dimension symbolique et psychanalytique du bain. Le titre de cet essai aurait pu être : « Dans les eaux profondes de notre langue maternelle ». La langue française devenant pour l’auteur paternelle. On comprend mieux comment Akira Mizubayashi, d’abord écrivain d’expression japonaise,  est passé 2011 à la langue française qu’il enseigne à l’Université de Tokyo. Passionnant !

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