Un homme qui lit en vaut deux !

Voilà un beau programme pour l’année à venir, et plus encore ! C’est la devise qu’on peut lire encore sur la vitrine de l’ancienne librairie « Les vraies richesses » ( un nom inspiré par Jean Giono ), située à Alger, rue Hamani ( ex-rue Charras ) à deux pas des facultés.

C’est là, dans cette annexe de la Bibliothèque centrale d’Alger, qu’a commencé l’aventure éditoriale d’Edmond Charlot ( 1915-2004), libraire et premier éditeur de l’Algérois Camus. Edmond Charlot a 20 ans, en 1935, quand il ouvre cette librairie pour promouvoir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Son idée est de prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne. Tout à la fois bibliothèque de prêt, maison d’édition et galerie d’art, il fait de cette librairie l’un des principaux lieux de rencontre des intellectuels d’Alger, écrivains, journalistes et peintres. Sur 28 m2, les étagères sont lourdement chargées. On y trouve beaucoup de romans , parmi lesquels des chefs-d’œuvre de la littérature universelle, des livres d’histoire touchant à l’Algérie, mais pas uniquement. On apprend que sur la petite mezzanine écrivait parfois le jeune Albert Camus.

27492_charlotimages

Avec brio, la jeune romancière Kaouther Adimi imagine les carnets de ce découvreur de talents, faisant vivre au jour le jour ses enthousiasmes… Elle alterne les scènes entre l’Alger d’aujourd’hui et celui des années 1930. On croise Albert Camus, Jules Roy, Henri Bosco, Max-Pol Fouchet, Emmanuel Roblès ou encore Kateb Yacine. Près de 80 ans plus tard, l’écrivaine met en scène Ryad, 20 ans, étudiant à Paris, qui n’éprouve qu’indifférence pour la littérature. De passage à Alger, il doit vider de ses livres ce local. Tâche compliquée par la surveillance du vieil Abdallah, sorte du gardien du temple…

Quand la littérature devient politique : la romancière nous livre des pages d’une très grande force quand elle raconte les années d’Occupation en Afrique du Nord. Vichy avait à l’œil l’éditeur Edmond Charlot qui fera de la prison. Elle rappelle Sétif et la guerre qui s’ensuit, « une guerre que l’on masque sous le nom d’ évènements » , les ratonnades à Paris de 1961, le plasticage de la libraire Rivages, rue Michelet à Alger.

Un jour, j’aimerais aller de l’autre côté de la Méditerranée au 2 bis de la rue Hamani, pousser la porte de la librairie  » Les Vraies Richesses » qui est toujours là. Et vous  ?

Publicités

A propos Gwenaëlle Abolivier

Formée à l’école de Claude Villers, elle présente sur France Inter, pendant près de vingt ans, des émissions de reportages où elle raconte ses grands voyages à travers le monde. « Un ticket pour le transsibérien » , » Le courrier des Marquises « . Plus récemment, elle a écrit des pièces radiophoniques « La nuit en ce jardin », puis se consacre à la littérature de voyage « Heureux qui comme Ulysse » et aux relations épistolaires « Correspondances » ainsi qu’aux grandes voix du XXème siècle « Partir Avec » et « À portée de voix ». Elle continue d’intervenir sur France Inter dans » Interception « , magazine de grands reportages de la rédaction et à la radio suisse RTS. Elle collabore également pour aux revues : Ar Men et Eulalie. Gwenaëlle Abolivier est l’auteure de : -Lettres océanes (Glénat, 2010) – Alexandra David-Néel, une exploratrice sur le toit du monde ( À dos d’âne, 2012) – » De Saint-Malo » ( Les petites Allées, 2013 ) – » Ecrire d’amour à 20 ans » ( A dos d’âne, 2014 ) – » Le timbre de l’amitié, lettres de jeunesse » ( A dos d’âne, 2015) – » Tendre est l’écrit » ( A dos d’âne, 2016 ) -Vertige du Transsibérien ( Naïve, avril 2015 ) – » Te souviens-tu de Wei ? » illustré par Zaü ( Hongfei, 2016 ) -« Qui a vu Monsieur Corbu ? » ( Editions Bernard Chauveau, 2016 «
Cet article, publié dans Coup de coeur, Ma petite librairie, Voyage, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Un homme qui lit en vaut deux !

  1. Ping : « Nos richesses » de Kaouther Adimi (Seuil, 2017) – Les miscellanées d'Usva

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s