De Ouessant, je t’écrirai

 » J’ai une dette longue de plusieurs années, aussi longue que cette fugue qui me ramènera vers toi. N’aie crainte, mon amour, j’ai tout le temps devant moi. C’est le temps qu’il me faut pour penser à toi avec cette infinie douceur et descendre en varappe à la verticale de mes souvenirs.

De Nevers, Tatihou, Ouessant
De Mourmansk, Bamako, Saigon
De Tallin, Stockholm, Pondichéry
De Ushuaia, Valparaiso, Tombouctou
De Odessa, Vancouver, Singapour
Je t’écrirai.  »

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2 commentaires pour De Ouessant, je t’écrirai

  1. michelkerninon dit :

    JE HAIS LES DIMANCHES (83)
    Enez Sun
    Une bonne quinzaine d’années que je n’avais pas posé les pieds sur l’île. Pour tout avouer, j’appréhendais cette visite, un peu comme on redoute des retrouvailles avec un vieux pote pas vu depuis des lustres et dont on craint qu’il se soit aigri avec l’âge. C’était fermé Chez Bruno et Brigitte, la patronne de Chez Brigitte, était maintenant en retraite, « à la campagne », nous confia-t-elle avec le sourire pour signifier qu’elle s’était installée dans une maison à la sortie du bourg. Pour le reste, l’île n’avait guère changé. Toujours coquette mais au final inaccessible. Le rose de la façade de l’hôtel avait un peu pâli mais le lichen continuait de tamponner de ses confettis d’or la statue du Sénan qui ne s’avouait décidément donc jamais vaincu. Kentoc’h Mervel, affirmait la devise en lettres granitiques. Plutôt mourir.
    Quai des Paimpolais, en fin de journée, un homme ayant visiblement un peu trop taquiné le goulot s’adressait au grand large sans nous porter la moindre attention. Il dégoisait tout seul, racontait d’une voix rauque, entre deux bouffées de cigarette, l’histoire de son père qui avait supplié les siens de pouvoir mourir ici, chez lui, à la maison, et surtout pas là-bas, de l’autre côté de la mer. Plutôt crever, nom de Dieu ! Tendant le doigt rageusement vers le continent, il déblatérait encore et toujours la même lamentation de feu son géniteur. On a fini notre bière et quitté la terrasse, l’abandonnant à son soliloque amer. L’air se rafraichissait. Des assiettes de palourdes farcies et de dorades parfumées nous attendaient, sans doute aussi une bonne bouteille. Après dîner, on s’offrirait une petite promenade jusqu’au phare, histoire de digérer tout en recomptant les éclats d’Ar Men et de Saint-Mathieu.
    Au réveil, les engins de terrassement nous donnèrent l’aubade. Voilà ce qui avait changé à Sein. Des tombereaux, des bulldozers et des pelleteuses ratissaient l’île du nord au sud. Ici, on renforçait une digue, plus loin, on en élevait une nouvelle. Une centrale à béton était installée à demeure du côté du Gerveur. C’est comme si l’île se préparait à un assaut imminent mais ses remparts étaient d’argile. L’océan était un fauve, joueur et cynique, qui s’amusait avec sa proie avant de la broyer à sa guise entre ses griffes. Sur le chemin de Kelaourou, la dune avait été salement grignotée lors des dernières tempêtes et aucun signe tangible nous laissait espérer que les choses allaient s’arranger. Depuis des années, les scientifiques nous alertaient. À moyen terme, ce qui veut dire un siècle tout au plus, et si aucune décision politique cohérente n’était élaborée dès à présent à l’échelle mondiale, l’île de Sein allait disparaître sous les flots, dévorée par le grand fauve bleu. Mais les scientifiques n’ont jamais eu le pouvoir. Ceux qui le détiennent inaugurent aujourd’hui même à Paris une conférence sur le réchauffement climatique. Ils ont affuté leurs discours, encore et toujours des discours qui, j’en ai bien peur, n’auront guère plus de résonance que les radotages de notre bordailleur du quai des Paimpolais postillonnant sa hargne contre l’océan.
    © Hervé Bellec, 1 novembre 2015
    Photo de Hervé Bellec.

  2. trojoli dit :

    trojoli

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