Femmes de cirque

S’achève aujourd’hui à Montpellier, la 2ème édition de la semaine de cirque : colloque passionnant sur le thème  «  Femmes de cirque ».

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C’est à Philippe Goudard, professeur en arts du spectacle et spécialiste internationalement reconnu des arts du cirque, et les chercheurs du centre RIRRA 21 de l’université Paul Valéry-Montpellier 3,  que l’on doit ces journées scientifiques et artistiques où chercheurs, étudiants, artistes, spectateurs,  interviennent sur des communications telles «  Les femmes dans le cinéma de Fellini » , «  Représentations de la femme au cirque dans les arts plastique du XIX ème siècle à nos jours »,  «  Barbette, le sphinx des transformistes », «  La femme-clown dans l’enseignement de Jacques Lecoq », «  Shakespeare et les femmes clowns »…

C’est  Corine Pencenat ( Faculté des Arts de l’université de Strasbourg) qui, dans sa présentation «  Clown, mauvais genre ? »,  a cité le poème « Clown » d’ Henri Michaux.

Un jour.


Un jour, bientôt peut-être.
    

Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.
    

Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.
    

Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
    

D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînement « de fil en aiguille ».
    

Vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.
    

A coup de ridicules, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables.
    

Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.
    

Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter.
    

Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime.
    

Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

    

Clown, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l’esclaffement, le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance.
     `

Je plongerai.


Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert à tous 

ouvert à moi-même à une nouvelle et incroyable rosée


à force d’être nul
et ras…
et risible…




Henri Michaux, « Peintures » (1939,) in L’espace du dedans, Pages choisies, Poésie / Gallimard, 1966,

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